Gestion de la douleur chez les animaux
Position
« L’Association canadienne des médecins vétérinaires (ACMV) recommande que les vétérinaires n’effectuent pas d’interventions chirurgicales ou de traitements pour des affections médicales sans recourir à l'utilisation appropriée des médicaments anesthésiques et analgésiques. Le potentiel de douleur chez les animaux atteints d’affections chirurgicales ou médicales doit toujours être évalué et de telles douleurs devraient être prévenues ou traitées dans la mesure du possible. »
Contexte
La nociception et la pathophysiologie de la douleur chez les mammifères sont bien décrites (1,2). Les réactions à la douleur particulières aux espèces sont de mieux en mieux comprises. La capacité des animaux d’éprouver de la douleur n’est donc plus remise en question et l’absence de douleur ne devrait pas être présumée en observant le comportement stoïque qui est propre à beaucoup d’espèces (3-5). Il faut plutôt adopter une approche prudente en vue d’exercer la médecine vétérinaire d’une manière éthique et humaine.
Dans le cas de la douleur provoquée par la chirurgie, une gestion réussie exige le recours aux médicaments analgésiques avant et après l’intervention, selon des combinaisons qui garantissent une intervention à plus d’un niveau de la voie nociceptive. L’utilisation conjointe de deux ou plusieurs classes pharmacologiques de médicaments analgésiques (opioïdes, alpha 2 agonistes, anti-inflammatoires, anesthésiques locaux, anesthésiques dissociatifs) procure généralement une gestion de la douleur plus efficace, avec moins d’effets secondaires, que le traitement à l’aide d’un seul médicament (1,2). Bien que les sédatifs (phénothiazines, benzodiazépines) et les anesthésiques généraux (thiopental, propofol, gaz d’anesthésie) modifient la perception de la douleur, ils ne modifient pas substantiellement le traitement nociceptif et ne devraient pas être considérés comme des médicaments analgésiques.
À l’heure actuelle, certains médicaments anesthésiques et analgésiques sont homologués pour utilisation chez les animaux de compagnie, mais peu sont homologués aux fins d’utilisation chez le bétail ou les animaux sauvages. L’ACMV reconnaît qu’il existe un besoin urgent d’homologuer des médicaments anesthésiques et analgésiques pour les espèces destinées à la consommation humaine et de communiquer aux vétérinaires et aux producteurs les délais d’attente appropriés pour ces médicaments. Il y a des programmes d’assurance de la qualité de certaines espèces de bétail qui interdisent l’utilisation en dérogation des directives de l’étiquette des médicaments anesthésiques et analgésiques. Il est improbable que l’utilisation en dérogation des directives de l’étiquette des médicaments anesthésiques et analgésiques dans certaines situations présente un risque important pour la santé humaine (c.-à-d., les jeunes animaux qui ne seront commercialisés que dans plusieurs mois ou les animaux sauvages anesthésiés à des fins de recherche ou de contrôle des animaux lorsque la saison de chasse n’ouvrira que dans plusieurs mois). L’ACMV ne peut pas appuyer des programmes d’assurance de la qualité qui favorisent, quoique involontairement, le traitement inhumain de n’importe quelle espèce en interdisant l’utilisation en dérogation des directives de l’étiquette des médicaments anesthésiques et analgésiques.
Les vétérinaires ont l’obligation de gérer efficacement la douleur périopératoire et d’être conscients de la douleur associée à des affections médicales et de la traiter (5). La réalisation d’une intervention chirurgicale douloureuse (p. ex., castration, ovariohystérectomie, écornage) exige l’utilisation appropriée de médicaments anesthésiques et analgésiques. Compte tenu de l’absence actuelle de médicaments anesthésiques et analgésiques homologués aux fins d’utilisation chez les animaux de compagnie, le bétail, les animaux sauvages ou les nombreuses espèces servant à la recherche, l’ACMV appuie l’utilisation responsable des médicaments en dérogation des directives de l’étiquette par les vétérinaires afin de garantir le traitement sans cruauté des animaux. L’ACMV exhorte aussi les organismes de réglementation fédéraux à élaborer des programmes qui facilitent l’homologation des médicaments anesthésiques et analgésiques existants et nouveaux appropriés aux espèces ou à exempter la plupart de ces médicaments des restrictions qui favorisent involontairement le traitement inhumain des animaux.
Bibliographie
1. MUIR, W.W. et C.J. WOOLF. «Mechanisms of pain and their therapeutic implications», J Am Vet Med Assoc, 2001, vol. 219, p. 1346-1356;
2. LEMKE, K.A. «Understanding the pathophysiology of perioperative pain», Can Vet J, 2004, vol. 45, p. 405-413;
3. ANAND, K.J.S. et K.D. Craig. «New perspectives on the definition of pain», Pain, 1996, vol. 67, p. 3-6;
4. PAUL-MURPHY J., J.W. LUDDERS, S.A. ROBERTSON, J.S. GAYNOR, P.W. HELLYER et P.L. WONG. «The need for a cross-species approach to the study of pain in animals», J Am Vet Med Assoc, 2004, vol. 224, p. 692-697;
5. STOOKEY, J.M. ZThe veterinarian's role in controlling pain in farm animals», Can Vet J, vol. 46, no 8, p. 453, 2005.
(Adopté en juillet 2007)