Utilisation des plombs pour la chasse et la pêche au Canada
Position
« L’Association canadienne des médecins vétérinaires (ACMV) s’oppose à l’utilisation des plombs pour la chasse et la pêche en raison de leur toxicité directe et indirecte pour les animaux sauvages. L’ACMV appuie fortement l’utilisation de matériaux non toxiques pour les besoins de la chasse et la pêche. »
Contexte
La toxicité du plomb a été amplement décrite chez les espèces sauvages, particulièrement chez les cygnes et d’autres oiseaux aquatiques en ce qui concerne les plombs pour la chasse, et chez les huards pour ce qui est des plombs ou des turluttes utilisés pour la pêche. La sauvagine méprend les plombs utilisés pour de la nourriture ou du gravier et les ingère lorsqu’elle se nourrit au fond des lacs ou des étangs ou dans les champs agricoles. Des rapaces comme les aigles peuvent subir un empoisonnement secondaire après avoir mangé un animal contenant des fragments de munition incrustés. L’empoisonnement secondaire par le plomb attribuable à l’ingestion de fragments de balle représente une menace importante pour le succès de la réintroduction en milieu sauvage des condors de Californie menacés (Church et al. 2006).
Les effets cliniques de l’empoisonnement par le plomb sont bien documentés. Les oiseaux empoisonnés au plomb manifestent souvent des changements physiques et comportementaux, y compris la perte d’équilibre et l’incapacité de voler. Même lorsque des signes d’empoisonnement par le plomb ne sont pas évidents, les oiseaux peuvent toujours avoir de la difficulté à se nourrir, à s’accoupler, à faire leur nid et à s’occuper de leurs petits. Une toxicité aiguë peut se produire après l’ingestion d’un seul plomb de pêche et entraîner la mort d’un oiseau dans l’espace de quelques jours. L’ingestion d’un seul plomb de pêche ou d’une seule turlutte de plomb suffit à exposer un huard ou un autre oiseau à une dose létale de plomb.
Dans l’est de l’Amérique du Nord, l’empoisonnement attribuable à l’ingestion de plombs ou de turluttes en plomb pour la pêche est l’une des principales causes de mort signalées chez les plongeons huards durant la saison de l’accouplement dans les environnements où la pêche sportive est populaire, ce qui dépasse le taux de mortalité observé pour les traumatismes, les maladies, l’enchevêtrement dans les lignes de pêche et les blessures par arme à feu (Scheuhammer et al. 2003). Depuis 1999, dans le nord-ouest de l’État de Washington et le sud-ouest de la Colombie-Britannique, de 100 à 500 cygnes trompettes et siffleurs meurent chaque année (le total est supérieur à 2 350). La principale cause de ces morts est l’empoisonnement attribuable à l’ingestion d’un plomb de chasse. Les pertes réelles attribuables à l’empoisonnement par le plomb ne peuvent pas être déterminées avec précision car de nombreuses carcasses ne sont jamais trouvées ou sont mangées par les charognards. Un rapport de 1995 (1) a estimé que, au Canada, la perte annuelle de sauvagine attribuable à l’ingestion de plomb s’élevait à 2 à 3 %, soit de 240 000 à 360 000 oiseaux.
Les plombs de chasse sont stables dans la plupart des sols (Pattee & Pain, 2003). Le plomb inorganique (utilisé pour les plombs de chasse) dans les sols et les sédiments n’est pas facilement absorbable par les plantes (Henny, 2003). Même si les grenailles de plomb se décomposent (s’oxydent) dans l’environnement, la transformation se produit très lentement dans la plupart des sols ou sédiments (non acides) et les plombs demeureront probablement relativement intacts pendant des dizaines, des centaines, voire des milliers d’années. Certains de ces composés de transformation peuvent être biodisponibles et absorbés du sol par les plantes (Hui, 2002) et les invertébrés dans le sol. Même si des millions d’oiseaux aquatiques ont été tués par le plomb, la source était généralement les plombs pour la chasse et la pêche plutôt que des biotes ou des sédiments contaminés (Henny, 2003). Dans certaines régions, la quantité de plomb déposée dans l’environnement provenant de la chasse et du tir à la cible a dépassé les seuils de classification du sol comme un déchet dangereux.
Le plomb est identifié comme une matière toxique en vertu de la Loi canadienne sur la protection de l’environnement (LCPE) et l’attirail de pêche représente maintenant environ 18 % de la libération non contrôlée du plomb qui pénètre dans l’environnement et le pollue. Le Canada exige des plombs non toxiques dans les réserves fauniques nationales depuis 1995, dans les marécages depuis 1997 et pour la chasse de la plupart des oiseaux migrateurs au pays depuis 1999. Au Canada, l’exposition au plomb chez les canards a connu une chute spectaculaire depuis l’adoption des règlements sur les plombs non toxiques (Stevenson et al. 2005). En 1997, le Canada a aussi interdit l’utilisation de plombs et de turluttes au plomb pour la pêche pesant moins de 50 grammes dans les parcs nationaux et les réserves fauniques nationales. L’application est difficile mais les organismes gouvernementaux et les groupes d’intérêts font appel à des programmes éducatifs pour informer le public à propos des dangers associés au plomb. Malgré ces efforts, chaque année, les pêcheurs achètent toujours plus de 500 tonnes d’attirail de pêche en plomb et les chasseurs se procurent quant à eux environ 1 600 tonnes de plombs pour la chasse. L’utilisation de plombs est toujours légale pour la majorité de la chasse dans les zones sèches et pour le tir à la cible. Environnement Canada procède actuellement à une consultation auprès des intervenants en vertu du processus de la LCPE afin d’établir de nouveaux contrôles et d’éliminer l’utilisation du plomb dans la fabrication de petits plombs et de turluttes pour la pêche.
Les interdictions partielles ne sont pas aussi efficaces que des interdictions complètes en raison des problèmes liés à l’application et de la réduction des incitatifs pour la production de produits de remplacement non toxiques. Tant et aussi longtemps que le plomb sera légalement autorisé, il demeurera le produit le plus facilement disponible en raison de sa facilité de fabrication et de son prix légèrement inférieur. Des produits de remplacement moins toxiques, comme le bismuth, l’acier, l’étain ou l’argile, sont fabriqués et ne présentent pas une menace d’empoisonnement pour les oiseaux.
Bibliographie
1. SERVICE CANADIEN DE LA FAUNE. Fish Lead Free – au http://www.cws-scf.ec.gc.ca/publications/fishing/fish_e.cfm;
2. SCHEUHAMMER, A.M. et S.L. Norris (1995). «A Review of the Environmental Impacts of Lead Shotshell Ammunition and Lead Fishing Weights in Canada», Canadian Wildlife Service Occasional Paper No. 88, Environnement Canada, Ottawa, 54 p.;
3. PATTEE, O.H. et D.J. PAIN. 2003. «Lead in the Environment», in Handbook of Ecotoxicology 2e éd. D.J. Hoffman, B.A. Rattner, G.A. Burton Jr., J. Cairns Jr., Lewis Publishers, CRC Press LLC, Boca Raton, Floride, États-Unis, p. 373-408;
4. HENNY, C.J. 2003. «Effects of mining lead on birds: A case history of Coeur d’Alene Basin, Idaho», In Handbook of Ecotoxicology, 2e éd., D.J. Hoffman, B.A. Rattner, G.A. Burton Jr., J. Cairns Jr., Lewis Publishers, CRC Press LLC, Boca Raton, Floride, États-Unis, p. 755-766;
5. HUI, C.A. 2002. «Lead distribution throughout soil, flora, and an invertebrate at a wetland skeet range», Journal of Toxicology and Environmental Health, Part A, vol. 65, p. 1093-1107;
6. CHURCH, M.E., R. GWIAZDA, R.W. RISEBROUGH, K. SORENSON, C.P. CHAMBERLAIN, S. FERRY, W. HEINRICH, B.A. RIDEOUT et D.R. SMITH (2006). «Ammunition is the principal source of lead accumulated by California Condors re-introduced to the wild», Environ. Sci. Technol., vol. 40, p. 6143-6150;
7. SCHEUHAMMER, A.M., S.L. MONEY, D.A. KIRK et G. DONALDSON (2003). «Lead fishing sinkers and jigs in Canada: review of their use patterns and toxic impacts on wildlife», Canadian Wildlife Service Occasional Paper no. 108, Environnement Canada, Ottawa, 48 p;
8. STEVENSON, A.L., A.M. SCHEUHAMMER et H.M. CHAN (2005). «Effects of lead shot regulations on lead accumulation in ducks in Canada», Archives of Environmental Contamination and Toxicology, vol. 48, p. 405-413;
(Revisé en juillet 2007)